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encore du Igor Morski
encore du Igor Morski

Ce n’est pas mon habitude de parler politique sur ce blog. Depuis le début de l’année je me suis retenu du moindre article sur le sujet. Mais la quantité de contre-vérités que l’on peut lire sur la Pologne dans les média français semble grandir interminablement, depuis les éventements de l’année dernière, après le changement de majorité à la diète. Aux yeux des journalistes formés à l’éducation étatique française, même le candidat du parti républicain américain passe toujours pour un fou depuis des décennies, quelque soit son nom lors des élections successives. Alors je en m’attends pas à ce qu’ils soient compréhensifs envers mon pays. C’est aux lecteurs que s’adresse ce top sept.

1_Les polonais sont inquiets pour leur pays et se sentent très concernés.

Même si on peut à lire les éditoriaux mélodramatiques avoir l’impression d’une guerre froide civile dans les couples, les lieux de travail et les familles à cause des fractures internes à toute société, dans la pratique il ne se passe rien.

La participation aux élections en Pologne, mesurée ici de préférence à l’abstention, est toujours inférieure à la participation à la messe dominicale. Pour les referenda c’est pire. Le dernier référendum, devant décider du passage du scrutin proportionnel au scrutin uninominal par circonscription, a fait se déplacer environ 7 % des électeurs. Pourtant c’était un thème décisif de la campagne parlementaire.

Le parti qui en avait fait le socle de son programme (j.o.w. abréviation de « circonscriptions » « électorales » « uninominales ») est même rentré au parlement avec cette seule revendication (comprise dans son nom) ses fondateurs étant plutôt divisés sur les autres sujets.

Bref le fait que le pays soit partagés entre différente tendance ne doit pas être dramatisé. Non seulement on s’est battu pour le pluralisme politique mais aussi pour avoir le droit de se foutre de savoir jusqu’au nom de qui nous gouverne. C’est quand le nom et le visage du chef d’état est connu de tous qu’il faut s’inquiéter de la nature du régime.

2_La « plateforme », parti précédemment au pouvoir, était normale et irréprochable et la situation jusqu'en 2015 était normale et apaisée.

Initialement arrivé au pouvoir sur un programme de lutte contre la corruption la « plateforme citoyenne » se démarquait, par son nom, des partis politiques professionnels. Si effectivement les affaires louches avaient été légions dans les folles années 90 (notamment dans le domaine des privatisations du patrimoine immobilier) ont ne peut pas dire que le nouveau pouvoir ait vraiment brillé par sa sobriété.

Le président sortant, monsieur Komorowski, s’est distingué en quittant le palais présidentiel en 2015 emportant tout le mobilier de valeur. On a retrouvé un tableau de maître dans une vente aux enchères avant même que son vol du palais présidentiel ne soit déclaré.

Alors oui évidemment un tel comportement est typique des républiques post soviétiques, où il se retrouve à divers échelons du pouvoir, mais c’est précisément contre ce penchant naturel que la « plateforme » était supposée lutter. dans les premiers jour de leur administration, les officiels de "droit et justice" faisait même visiter les locaux de leur prédécesseurs par la télévision, pour montrer ua public le niveau de gabegie.

3_Lech Walesa est un héros national doublé d’une autorité morale incorruptible.

Parmi les références présentées par les journalistes on se souvient du leader historique de la mouvance « solidarité », père de huit enfants, syndicaliste devenu président et figure de la liste des dix catholiques historiques listés dans le fameux manuel « le catholicisme pour les nuls ». Les occidentaux naïfs croient tenir là une source sûre comme un roc auquel s’accrocher.

Hélas l’électricien devenu animal politique ne fait plus l’unanimité dans le pays depuis qu’il a caché des documents historiques le concernant qui prouvent sa collaboration passée avec les services de répression de la république populaire. Il avait déjà été admis qu’il s’était servi dans les archives de l’état durant sa présidence, de 1990 à 1995, sans toutefois que l’on sache quels documents il avait emportés et s’il les avait détruit ou juste caché.

Mais depuis février dernier, l’idée de son passé d’agent double n’est plus une thèse marginale défendue par une poignée d’historiens comme Cenckiewicz, qui l’a payée de longs procès. C’est une perquisition des procureurs de l’i.p.n dans la maison du général Kiszczak qui a mis à jour une armoire pleine de documents compromettants.

Il s’est avéré que l’ancien ministre de la police du régime communiste gardait chez lui des cartons bourrés d’éléments de biographie des principaux personnages de l’état. ces pratiques étaient régulièrement dénoncée par des journalistes indépendants depuis des années. il a fallut un changement de majorité parlementaire (le premier depuis huit ans) pour que les agent de Moscou qui mettaient en danger la sûreté de l'état par leur pouvoir de nuisance cessent de dormir tranquilles. il peuvent toujours faire chanter les bénéficiaires de la perestroïka de 1989 en révélant les origine de leur fortune mais maintenant on les verra venir.

4_Le gouvernement polonais actuel est d’extrême droite.

Les commentateurs polonais ont beau expliquer que la division gauche droite ne s’aurait s’appliquer à la lettre dans notre pays, il y a encore des gens qui par facilité tentent de la pratiquer pour y voir clair, y compris en Pologne.

Cela revient à classer à gauche le parti qui a envoyé des soldats en Irak, au côté des américains, comme les travaillistes de Blair en 2003. Mais cela classe à droite la totalité du parlement actuel, où la coalition « gauche unie » a manqué de peu le seuil des 8 % de voix, qui lui aurait permis d’y entrer.

Globalement les grilles de lectures françaises ont du mal à s’appliquer au déchiffrage des événements dans tous les pays d’Europe. Les noms des partis n’aident pas beaucoup. Dès qu’un parti politique adopte un nom trop banalement occidental, il disparaît rapidement du paysage, les électeurs ayant du mal à suivre. Ce fut le cas du parti démocrate, du parti travailliste, du parti chrétien démocrate de Lech Walesa qui n’eurent même pas de députés.

Pour simplifier, on peut considérer que le parti « droit et justice » tirant son nom d’un verset de l’Ancien Testament, comme étant la droite. Pour la gauche, c’est plus difficile vu qu’aucun mouvement de plus de dix % des voix ne veut s’y identifier, du moins dans son intitulé. Juste pour rigoler,ça vaut la peine de voir yahoo qui présente « droit et justice » comme un parti d’extrême droit dans le titre des articles, mais n’est capable de citer dans son programme que des thèmes sociaux et solidaristes. néanmoins on peut accepter, par facilité, de le considérer comme la "droite" parlementaire à cause de l'endroit où siègent ses élus.

5_Le mouvement « droit et justice » est arrivé au pouvoir porté par une thématique anti immigrés.

Chaque pays a sans doute tendance à voir dans les autres une relecture de ses propres lignes de force à peine réinterprétées. Ainsi les français pensent peut être que c’est la vague de migrations actuelles qui a favorisé l’arrivée de la droite au pouvoir en Pologne.

Pourtant, ce thème n’a presque pas été abordé dans la campagne présidentielle, ou alors que par des partis minoritaires sans représentants au parlement. L’idée même d’immigration est nouvelle et difficile à imaginer pour les électeurs polonais. C’est son contraire, l’émigration, principalement intra européenne, qui concentre toute l’attention et poussait les candidats à faire une partie de leur campagne en Angleterre par exemple, où vivent deux millions de travailleurs polonais avec leurs familles.

En ce qui concerne la répartition des immigrés par quota (on ne peut parler de « réfugiés », comme on dit en Pologne, car ils ne le sont que dans le premier pays où ils arrivent.) décidée par dame Merkel, les deux principaux partis semblent l’accepter dans la pratique, visiblement ignorants des risques potentiels. Par contre on ne sait pas comment convaincre de venir en Pologne les migrants ayant l’Allemagne en tête et en ligne de mire.

Il y a bien une jeune minorité patriote impliquée et concernée par le « problème » des immigrés, principalement active sur internet, mais la plupart des polonais n’ont pas vu un arabe de leur vie.

Penser que le flux de Lampedusa (certes déplacé depuis vers la Macédoine mais on ne va pas en faire une salade…) a pu influencer leur vote c’est projeter sur eux la situation française.

6_La presse est unanime. elle ne sait faire que ça.

On peut avoir cette impression, quand on voit les médias français décrire la situation sur place en citant toujours les mêmes sources polonaises, toujours issues des mêmes milieux. Même leur traitement du conflit israélo palestinien est plus diversifié et prend plus de recul. Comme on dit en Pologne, le point du vue (punkt widzenia) dépend du point où l’on est assis (punkt siedzenia).

Le microcosme médiatico politique polonais apparaît extrêmement morcelé quand on le compare à ce que les français appellent la pensée « unique ». Pour expliquer cette derrière aux polaks, il faut déployer des trésors d’inventivité, tant cette expression française résiste à la traduction.

Au contraire, au pays de Libelt, les grands groupements politiques ont chacun sa presse, sa télévision, ses hommes d’affaire, ses autorités morales concurrentes, des autres… Un must have indispensable est d’avoir son évêque, ce que le pape actuel rend d’ailleurs possible avec ses nominations sortant des sentiers battus et son discours ratissant large, même chez des publics par forcément spontanément ami de l’Eglise. ainsi par exemple, l’éphémère parti anticlérical dirigé par un riche homme d'affaire, comptait pas mal de curé défroqué en gage d'authenticité.

S’il ne s’agissait d’une forme de délation, je pourrais facilement citer quel ordinaire de quel diocèse soutient en sous main quelle formation, mais pas de noms pour aujourd’hui. En tout cas, le fait qu’il vaut mieux avoir le clergé de son côté à été magnifiquement exploité par l’union européenne au moment du référendum d’adhésion de 2004, quand une opération séduction visant les hommes d’Eglise a eu pour effet calculé de faire passer le « oui » auprès d’une population encore rurale à 40 %.

Il en résultat une belle unanimité de presque toute la presse, dont les français purent à leur tour sentir le goût peu après, avec la campagne référendaire de 2005. Mais pour ne pas surestimer la pression médiatique, il faut rappeler que dans les sondages obtenus un an après l’adhésion à l’union, une majorité de polonais ne connaissait toujours pas les conséquences juridiques de celle-ci.

7_Les média polonais sont pro polonais.

Il y a quelques années cela aurait été banal y compris en France. mais une ds conséquence de l'adhésion à l'union est précisément une libre circulation des capitaux et des titres de propriétés. c'est pourquoi, pas plus que nos banques, nos journaux ne sont malheureusement presque pas du tout polonais par leurs propriétaires.

une enquête récente montrait que plus de 70 % des magazines polonais sont aux mains des allemand. Vous pouvez consulter les chiffres exacts sur le diagramme affiché sur la page facebook. ce pourcentage augmente encore pour la presse régionale et locale. par exemple "l'hebdomadaire catholique" (tygodnik powszechny) appartient au groupe français "le monde la vie". et l'on parle bien du journal de intelligentsia catholique cosmopolite que lisait Jean Paul deux himself.

parce que dans la presse catholique aussi il y a des tendances. par exemple "aimez vous" qui attaque désormais le marché français ne parle presque jamais politique, mais souvent abstinence, ce que les magasines catholique français ne font presque pas.

Tag(s) : #catégorie politique

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